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LES VAUTOURS DU VERDON

Ce printemps m’a offert l’occasion de faire quelques infidélités à mon couple de gypaètes et aux alpes du nord. Ainsi, décidé à profiter des vacances pour changer d’air et pour faire mentir les nombreuses personnes qui ont tendance à penser que je deviens un monomaniaque du gypaète, j’ai pris la route des alpes du sud pour aller rendre visite à d’autres vautours.
Le Verdon est connu pour ses gorges impressionnantes nées du travail de l’eau qui à sculpté la roche durant des millénaires.
 Le Verdon
Ces roches calcaires ont longtemps fait la joie des nombreux grimpeurs qui fréquentent les lieux. Il faut dire que le climat est agréable, le cadre est magnifique et les escarpements font plusieurs centaines de mètres de haut.

C’est justement la présence de ces gorges calcaires, sous un climat relativement chaud qui à motivé le choix du site pour la réintroduction de vautours. L’attrait touristique conféré par le balai aérien de rapaces, dépassant les 2,60 m d’envergure, fut une motivation supplémentaire…
J’attendais avec hâte cette première rencontre avec les vautours du Verdon.et à 150 km de cette « terre promise », la sagesse me conduit à céder le volant à ma compagne, mes yeux ayants de plus en plus tendance à préférer le ciel à la route.
J’avais glané pas mal d’informations au préalable (les vacances ça se prépare…) et avais une idée assez précise du secteur où nous allions nous établir. Les deux premiers jours furent consacrés à une prospection précise et rigoureuse : secteurs fréquentés par les oiseaux le matin, emplacements du soir, camping bien situé désert mais avec piscine, et surtout de bons restaurants dans un rayon de 20km.
La première sortie fût productive, non pas en terme de photo mais en observations : Vautours fauves (Gyps fulvus), Vautour moine (Aegypius monachus) et même un percnoptère d’Egypte (Neophron percnopterus.)
 Vautour fauve (Gyps fulvus)
Le site me rappel le sud des Pyrénées espagnoles, tant par le climat (que calor !!!) l’aridité des paysages et la couleur des roches, que par la densité des oiseaux et la variété des espèces (il ne manque que le plus beau…non j’en parlerai pas.) Les jours suivants m’ont permis d’acquérir une meilleure connaissance des sites convoités par les vautours en fonction de la position du soleil. En effet ces charognards étant tributaires des carcasses, ils doivent pouvoir prospecter de grands domaines tout en limitant la dépense d'énergie. La taille de ces remarquables planeurs tient au fait qu'ils utilisent l'air chaud ascendant pour pouvoir s’élever dans les airs sans le moindre effort (on dit qu’ils «pompent".)
 Vautour fauve (Gyps fulvus)
Ainsi les Vautours peuvent passer plusieurs jours sans s'alimenter et continuer à parcourir plusieurs centaines de kilomètres par jour. Mieux encore, plus le dernier repas est éloigné, plus l'oiseau sera léger et pourra étendre son domaine de prospection, augmentant ainsi ses chances de trouver à manger. A contrario, un Vautour qui vient de s'alimenter aura tendance à être moins mobile.
Les falaises sur lesquels j'avais jeté mon dévolu étaient exposées plein est. Faces au soleil elles offraient de bonnes conditions aérologiques matinales. De plus une colonie d'une vingtaine de Vautours fauve nichait ici. Aux jumelles j'ai pu voire un nid occupé par un poussin sous l'œil protecteur d'un des adultes. Du coup, les allées et venues à cet endroit étaient régulières augmentant la fréquence des observations.
En vol, les vautours manifestent peu de crainte vis à vis de l'homme. Ils préfèrent s'approcher très près, parfois à moins de 5 mètres, plutôt que de modifier leur trajectoire, afin de profiter au mieux des courants d'airs.
 Vautour fauve (Gyps fulvus)
Lorsqu’ils frôlent l’observateur, le déplacement d’air provoqué par ces géants pouvant peser jusqu’à 7 kg, provoque un bruissement impressionnant. Les vautours fauves étant rarement solitaires le passage d’un oiseau est souvent annonciateur d’un spectacle qui n’a rien à envier à la patrouille de France.
 Vautours fauves (Gyps fulvus) volant en formation.
Leur stratégie pour trouver de la nourriture étant basée sur leur nombre, les vautours fauves sont grégaires. Habituellement quand un vautour trouve une ascendance, il utilise celle ci pour prendre de l'altitude. Selon la température de l'air, cela peu prendre plusieurs minutes, mais tôt ou tard il file droit dans une direction pour rejoindre un point donné. Tandis que lorsqu'un individu repère une carcasse, il plane au dessus durant des heures pour inspecter le sol et repérer d'éventuels dangers (les oiseaux répugnent à se poser à même le sol.) Un congénère observant ce manège ne sera pas dupe et viendra vite se joindre à lui. Un troisième accompagné de quelques amis ne tardera pas. Au fil des heures l'escadron grossi, annonçant l'imminence d'une curée durant laquelle il faudra désormais s'imposer pour trouver sa pitance...le groupe présente aussi des inconvénients.
Parmi les nombreuses heures durant lesquelles je suis resté posté j’ai eu la chance de pouvoir observer à plusieurs reprises un Vautour moine. Cette espèce, plus grande que le fauve, est passée au bord de l’extinction. Contrairement à son cousin qui vit en groupe et qui niche dans les falaises, le moine vit en solitaire (sauf durant la période de nidification) et niche sur des arbres (tu avais raison Sylvain.)
 Vautour moine (Aegypius monachus)
L’espèce est encore très rare. Si depuis le début de leur réintroduction (1999) les vautours fauves ont atteint une population de plus de 100 individus dans le Verdon, le vautour moine ne compte à peine une trentaine d’individus dans les Alpes du sud.
 Vautour fauve (Gyps fulvus) en bas volant avec un Vautour moine (Aegypius monachus) au dessus.
Après 10 ans, grâce au travail de quelques passionnés, les deux espèces planent à nouveaux au dessus du Verdon. J’ai eu la chance et le plaisir de pouvoir observer ce spectacle durant quelques jours et je souhaite à tout le monde de pouvoir un jour y assister. Mais ces charognards sont vulnérables et ne font pas l’unanimité. Gageons que l’avenir leur réserve une place à leur mesure dans un ciel qui prend toute sa dimension quand le balai des planeurs commence.
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